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Réflexions : Théâtre et démocratie.
(Nous avons regroupé les 2 articles de Marcel paru dans les Trac écho n° 56 et 57)
On sait à peu près que, dans la sphère culturelle occidentale, le théâtre est né il y a environ 2 500 ans à Athènes, en même temps qu’un  premier balbutiement de démocratie.
 Si l’on peut ignorer les thèses tentant d’expliquer une telle coïncidence, comment en rendre compte à s’en tenir seulement à la double expérience qu’on peut avoir au TRAC, expériences dissymétriques le plus souvent, de spectateur et d’acteur, la première présumée ancienne et passablement innocente, la seconde plus ou moins fraîche et un tant soit peu initiée ?
Le théâtre a-t-il à voir avec la démocratie ? Serait-il par nature de la démocratie à l’œuvre dans le champ artistique ? Oui, parce que si la littérature (autre que théâtrale), la musique, la peinture, etc… convoquent ordinairement le public à un tête à tête silencieux et personnel avec le créateur, le théâtre, lui, n’existe que pour et dans le spectacle. Et là, il se passe des choses tout à fait extraordinaires. Des gens de conditions et d’âges très divers font des trajets, parfois longs et pénibles, par grand froid ou grosse chaleur et, sans qu’on les y ait forcés, paient pour voir, dans des conditions matérielles volontiers rudes, des spectacles dont ils ne savent rien, ou si peu.
Devant eux, les acteurs avec un texte à dire; et puis, décors, lumières, musique ; et l’omniprésence invisible du metteur en scène. Ces acteurs qui, en s’exhibant, jouent un peu leur peau sans qu’on les y ait forcés, ont consacré des mois, des années (pour les professionnels) à apprendre peu ou prou à s’exhiber, à incarner publiquement un texte, des idées, des sentiments, des émotions qui sont et ne sont pas les leurs.
Ce qui se produit ici est à rigoureusement parler un corps à corps. Ce corps à corps, exclusif du théâtre, est un dialogue vivant entre deux groupes bien étranges : d’un côté, le Public-nom commun singulier-(« Ce soir, le Public était bon ...») qui est le même ensemble que … les Spectateurs, pluriels et divers (ce ne sont jamais tous les spectateurs qui chuchotent, toussent ou font tomber un portable en même temps ! ).
De l’autre, les acteurs, qu’on désigne parfois, si les circonstances s’y prêtent, par le mot singulier de Troupe. Et chaque acteur, personne singulière mais embarquée dans la même aventure que ses compagnons de plateau, doit être, lui, à l’écoute de chacun des autres et de l’ensemble, du texte, du metteur en scène, de lui-même, et du public ! Ce qui fait que : dans la salle, il y a dialogues ; sur scène, il y a dialogues, de la salle à la scène et en sens inverse, il y a dialogues.
Il y a échanges en tous sens, implicites ou formulés. Chacun se compromet avec l’autre (ou contre), peut exprimer en actes des émotions…
Le théâtre est ainsi, par nature et éminemment, un art du partage, un art du « vivre-ensemble ».
Nous revoilà au chapitre de la démocratie.
P.S. : À l’occasion, dans un prochain Trac écho, nous parlerons des conditions et des limites de validité de cette thèse!

Théâtre et démocratie (suite et fin).

Les propos échappés dans le précédent numéro de « Trac écho » peuvent laisser perplexe. Que le théâtre soit un art du  « vivre ensemble », un art du partage, admettons. Mais qu’est-ce que cela a à voir avec la démocratie ?
Tentons l’approche. Il n’y a pas de démocratie sans sujet autonome, ce qui exige l’accès de tout un chacun à toutes sources d’informations utiles pour pouvoir participer aux débats eux-mêmes nécessaires dans la conduite des affaires forcément conflictuelles de la cité.     Conditions du libre usage de notre raison, de notre jugement. La dernière fois, on avait fait référence aux origines du théâtre dans la Grèce antique. Précisons. L’homme de l’antiquité grecque a été décrit comme passant de la fascination devant un Univers gouverné par les Dieux, et de l’obéissance qui s’en suit à l’étonnement puis au questionnement. Or, (se) demander pourquoi les choses vont comme elles vont, c’est déjà ne plus admettre qu’elles continuent de le faire sans nous : insurrection fondatrice de notre liberté. On cherche à comprendre ; c’est le début de la fin d’une théocratie par définition sans partage (plus mythique qu’historique sans doute). Nous voilà en route sur la voie de la contestation d’un certain ordre du monde.
 Soit : pour l’homme de l’Antiquité grecque, au Ve siècle av. J.C. Mais pour l’homme (d’) aujourd’hui ? Et le théâtre (d’) aujourd’hui dans tout ça ?
 Nous soupçonnons qu’il y a aujourd’hui (et hier, et demain) des Dieux qui par leurs porte-voix-les grands communicants- voudraient nous persuader qu’il y a un Ordre auquel nous devrions nous plier ; que le train du monde ne saurait être aiguillé vers d’autres horizons que ceux qu’ils ont fixés sous peine de dérailler. Nous soupçonnons que ces grands communicants font, chaque jour que Dieu fait, bien sûr, un grand tapage, beaucoup de gesticulation pour nous tourner la tête, nous rendre idiots, bref, nous fasciner (fascination : charme, enchantement, maléfice). Un peu de pain, beaucoup de jeux.
Et bien ! Par sa nature même, donc (cf. n°56 du Trac écho), le théâtre peut être un lieu privilégié où se découvrent les cachettes des Dieux, où l’on peut décoder leurs discours, donner sens à leurs grondements - gronderies - et réponse à leur(s) ordre(s).

Petite agora de voisinage en forme d’utopie portative. Mais pour cela, il s’agit que, côté scène et coulisses comme côté salle, chacun soit en éveil, à l’écoute, prêt à jouer au chat et à la souris avec les hôtes de nos olympes contemporains.
Marcel Leccia

Tag(s) : #Ressources et documentations

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